Polars

Mapuche de Caryl Férey

 

« Chaque cas de disparition constituait un univers en soi, une totalité indicible de douleurs et un bouleversement irréversible pour ceux qui restaient »

 

Jana est sculptrice et Mapuche, une Indienne, la fille d’un peuple sur lequel on a tiré à vue dans la pampa argentine, un peuple qui a subi le nettoyage ethnique, l’extermination, la dépossession des terres, un peuple qui subit encore aujourd’hui la colonisation des

multinationales… Mais que voulez-vous l’Argentine est une terre en vente libre, aux enchères l’Argentine! Silvester Stalone, Douglas Tompkins, Robert Duvall, les frères Benetton, Bill Gates, Richard Gere, Matt Damon, l’Eglise catholique, et même notre Florent Pagny ont leur morceau de Patagonie… Mais revenons à notre Mapuche, Jana a résisté à la crise de 2001, trois années de récession, mais elle y a laissé des plumes. Elle avait un rêve devenir sculptrice, sacrifices, humiliations, elle a tenu bon, elle y est arrivée car Jana est une battante.

Mapuche

Ruben lui est un rescapé de la dictature. Depuis, il est devenu détective et le bras armé des madres de la plaza de mayo, les mères de la place de mai, celles qui depuis trente ans réclament tous les jeudis « Mémoires, vérité, justice » pour leurs disparus, elles les mâchoires de l’histoire. Elles ne lâchent rien ces mères qui ont un lange de bébé sur la tête en guise de casque. Enlevé avec sa jeune soeur sur le chemin de l’école, son père emprisonné quelques jours, plus tard, Ruben est muet sur ce qui s’est passé dans les geôles du régime. Il avait quinze ans. Il n’a jamais parlé, même pas à sa mère qui a rejoint l’organisation des madres.

Jana et Ruben n’étaient pas faits pour se croiser, mais le meurtre d’un travesti et de la fille d’une grosse tuile va les réunir. Ils vont mener l’enquête, une enquête qui va les plonger dans l’horreur de la dictature argentine, terrible période, sombre période (1976 à 1983), meurtres, enlèvements, tortures, exécutions sans jugement, vols de la mort et vols d’enfants en vue de les vendre aux proches du régime. Ces parents adoptifs, les apropriadores, se sont appropriés des enfants qui n’étaient pas les leurs, en toute impunité.

abuelas-de-plaza-de-mayo

Histoire similaire en Espagne, elle aussi a ses enfants volés, on les appelle les enfants oubliés du franquisme. Pendant la dictature (1939-1975), le régime s’est approprié les enfants des républicaines condamnées à mort ou emprisonnées. Ces enfants étaient considérés comme génétiquement de gauche, il fallait donc les rééduquer afin d’en faire de bons catholiques, il fallait aussi leur inculquer la haine de leurs géniteurs. Les institutions catholiques étaient chargées de la rééducation. Elle fut terrible, beaucoup d’enfants sont morts, d’autres marqués à vie, les plus jeunes ont été adoptés par des proches du régime ou de riches familles qui ne pouvaient avoir d’enfants. Un scandale en Espagne toujours d’actualité car les vols ont continué jusque dans les années 80, les enfants de milieux modeste étant volés !

Des similitudes avec « Zulu » du même auteur, le zoulou Ali Neuman comme l’Argentin Ruben ont, adolescents, connu l’horreur et sont marqués à vie… Alors pour conclure, Mapuche, c’est cru, violent mais vrai. Les démons ne sont pas morts et frappent à nouveau, comme dans le bon vieux temps. A lire!

Collection Série Noire, Thrillers, Gallimard
Parution : 27-04-2012

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10 comments on “Mapuche de Caryl Férey

  1. juliesuitsonfil

    Il est dans ma PAL:)

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  2. Je ne connaissais pas du tout cette partie de l’Histoire de ces deux pays… Au Canada, nous avons un fait similaire avec les pensionnats autochtones dirigés par des Frères ou des Prêtes catholiques. Merci pour ce partage Cat!

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  3. Le récit doit être dur mais c’est un sujet qu’il ne faut pas oublier.

    Aimé par 1 personne

  4. C’est étrange que l’on retrouve ces vols d’enfants dans différents contextes… Il y a quelques temps, j’ai appris l’existence du programme Lebensborn dans l’Allemagne du IIIe Reich. Il s’agissait de développer rapidement la « race pure » en permettant à des femmes irréprochables sur ce plan de concevoir avec l’élite de la « race des Seigneur », parfois dans des pays occupés, et les femmes donnaient naissance dans des centres spécifiques. Mais bientôt, le programme a outrepassé ces attributions pour s’emparer d’enfants tout blonds dans certains pays de l’Est et les envoyer dans des familles allemandes.
    Le destin de ces personnes qui ont par la suite cherché leurs familles d’origines est assez triste.
    Cela dit, ce livre a l’air très intéressant, bien que je ne connaisse pas bien l’histoire de l’Amérique latine.

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  5. Ce livre m’a beaucoup plu, j’ai adoré la vengeance de Jana et la naissance d’une histoire d’amour. Je l’avais reçu en commande une Box Littéraire (La Kube) et il correspondait exactement à ce que je voulais lire.

    Aimé par 1 personne

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