AUTOEDITION Romans

Au nom de quoi Dorian Meune

« Au nom de quoi est l’hommage que je tiens à rendre aux victimes et à leurs proches, et surtout, c’est un cri contre l’oubli, parce que celui-ci viendra vite, trop vite, et que l’on passera à autre chose, comme toujours. C’est la bougie que je dépose en toute humilité, en espérant qu’elle résiste au vent et au temps qui passe. Je ne veux pas que l’on oublie ».

J’avoue que j’y suis allée un peu à reculons et pourtant le mail que m’avait adressé l’auteur pour me proposer la lecture de son roman, m’avait interpellé et je l’avais trouvé plutôt touchant. Je me suis d’emblée dit, que le mec était sincère, il s’excusait presque d’avoir écrit un tel livre, sur un tel sujet. J’ai attendu quelques jours puis j’ai posé le livre que je lisais et me suis plongée dans celui de Dorian Meune. Je l’ai dévoré… « Au nom de quoi » est un roman choral, une fiction sur une dizaine de personnes présentes au Bataclan ce soir-là : une jeune adolescente en rébellion, un couple de jeunes parents comblés, un futur marié, un type qui vient de se faire licencier et son collège et ami, un jeune homme gay et brillant dont le père a du mal à digérer son homosexualité, un batteur et les membres de son groupe, deux soeurs en froid qui se retrouvent à l’occasion, une employée du Bataclan mère d’une fillette de huit ans, un garçon de dix ans et son père… Et puis, les autres…

« Je voudrais faire demi-tour, courir pour retrouver Anouk, mais mes jambes refusent d’avancer. La vérité, c’est que je suis mort de peur à l’idée de me rapprocher de ce bâtiment. La vérité, c’est que mes pieds ne feront pas le moindre pas pour rebrousser chemin. La vérité, c’est que ma vie m’importe plus que la sienne, même si je refuse de l’admettre et que je tente de me raisonner en me convainquant que de toute façon, ce serait stupide de retourner là-bas, que je ne peux rien pour elle. Que c’est trop tard pour changer les choses. Trop tard pour la sauver si elle ne s’est pas sauvée elle-même ».

Trois parties, « avant », « pendant » et « après ». AVANT et oui, la vie de madame ou monsieur tout le monde, les problèmes et les joies du quotidien, rien de spécial et puis, on attend avec impatience d’assister au concert des Les Eagles of Death Metal, quel pied! PENDANT… L’auteur aborde des questions que je me suis maintes fois posées depuis le 13 novembre : qu’aurais-je fais-moi là-bas ? Aurais-je été une héroïne ? Aurais-je pris mes jambes à mon cou, piétinant aux passages des corps à terre ? Aurais-je saisi la main qui se tendait vers moi suppliante ? Aurais-je sauvé ma peau, oubliant derrière moi, la personne qui m’accompagnait ou au contraire me serais-je sacrifiée pour elle ? Serais-je restée au sol ou aurais-je tenté de me barrer en courant  à la moindre occasion, entre deux chargements de kalachnikov? Je n’en sais rien car je n’y étais pas. APRES, autre épreuve pour les rescapés et pour ceux qui ont perdu un être cher. Réapprendre à vivre, vivre avec la peur au ventre, continuer alors qu’on a perdu un être cher. Terrible! Quant à l’oubli, une question qui semble préoccuper l’auteur, nous simples téléspectateurs de ce drame, bien sûr que nous oublions très vite les choses, c’est presque humain dirais-je. Mais pour ceux qui ont vécu le drame, pour leurs proches, que l’auteur se rassure, ceux-là n’oublieront pas, ils n’oublieront jamais. C’est aussi humain. Quant au titre « Au nom de quoi », je me demande aussi…

« Au moment où il franchit l’entrée et foule le vestibule à pas lents, le père orphelin d’enfant espère que le corps qu’il va devoir regarder ne remplacera pas irréversiblement tous les autres souvenirs qu’il a de son petit garçon ».

C’est bien écrit, tout en retenue, tout en pudeur, pas de voyeurisme, ce n’est pas aguicheur, l’auteur parle vrai sur les sentiments, sur la peur, sur l’attente, sur l’horreur, sur la peine, sur la mort, des personnages attachants dont la vie a pris un tournant inattendu. Déchirant! Un roman que je conseille. Merci à Dorian Meune de m’avoir fait confiance.

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6 comments on “Au nom de quoi Dorian Meune

  1. Un très beau titre qui parle énormément. Belle chronique comme toujours… Merci Cat…

    Aimé par 1 personne

  2. Idée originale et atypique… Belle chronique en effet !

    Aimé par 1 personne

  3. Ping : « Quand on n’a que l’humour » Amélie Antoine – Chroniques Aiguës

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