AUTOEDITION Romans

Régis – James Osmont

Régis a trente-trois ans, comme le christ, il adore l’automne, c’est un enfant de l’automne, c’est pour ça sûrement qu’il l’aime. Et pourtant, le mois de novembre lui porte la poisse. Dans son hôpital, sa matrice, il attend un laissez-passer et il envie ceux qui sont dans le vrai monde, de l’autre côté. Vingt ans qu’il vit au bord du gouffre, entre crises,

bouffées délirantes, rechutes, séjours à l’hôpital, chambre noire, et les médocs, son fil d’Ariane, sa ligne de vie, sa corde raide aussi. Il est toujours en équilibre Régis, un équilibre précaire, fragile, qui fait de lui un être dénué de vie, à l’âme grise. Et ces voix qui viennent le tourmenter, rien ni personne ne peut les faire taire, et il continue à les subir. Petits moments de répit parfois, mais toujours la peur au ventre qu’elles reviennent les voix. Alors dans son hôpital, il se réfugie quand les voix le lui permettent, dans le son, la musique et les mots. Il les aime les mots Régis. Et les chansons aussi.

« Dans le ressac impétueux d’un attribut qu’on nomme encore « folie », aux nombreux « Régis » que notre société, toute entière n’a su maintenir à flot ».

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Un portrait bouleversant d’un jeune homme enfermé dans un hôpital psychiatrique parce qu’il a tué. La sentence est tombée sept ans plus tôt un « non-lieu psychiatrique », hospitalisation d’office assortie d’une surveillance constante. Il faut dire qu’il trimbale un lourd passif Régis, qui ne peut qu’expliquer son passage à l’acte. Enfant maltraité, et une nuit, un vendredi 13 novembre 1995, il est victime d’un viol d’une violence extrême. Son violeur, son ogre, le prédateur, il le croise régulièrement, épisodiquement à l’hôpital. C’est pensionnaire comme lui, un pensionnaire qui joue avec le système, séjours en taule, lieux hébergement, et parfois l’hôpital. Il sait simuler, il connaît le système, il en jouit. Et oui c‘est une façon de survivre.

L’auteur dénonce le système hospitalier, le manque total de réinsertion, un système qui privilégie la sécurité avant tout. Et puis, il y a le personnel encadrant qui prend sur lui, il y a ceux qui s’investissent émotionnellement quitte à sombrer eux-mêmes parfois. Ils n’en sortent pas indemnes eux non plus.

« Les hôpitaux psychiatriques avaient en effet à nouveau délaissé le champ de la réinsertion pour satisfaire un besoin accru de sécurité »

Conclusion : une psychiatrie qui détruit, qui oppresse plutôt qu’elle ne guérit. Que fait-on pour ces gens qui souffrent de troubles du comportement liés à une carence affective grave ? Rien, des aller-retours fréquents, une hospitalisation d’office, un manque d’écoute, de dialogue, et des maux soignés à coup d’injection de produits, une destruction lente de l’individu, un retour impossible à la vie normale, la peine encourue, emprisonnement à vie.

« On juge du degré de civilisation d’une société à la manière dont elle traite ses fous » Bonnafé

Une couverture qui m’a attirée, une écriture de qualité pour ce roman auto-édité, un peu trop de textes de chansons à mon goût mais en même temps Régis aime les mots et les chansons, alors… On aimera ou on n’aimera pas ce personnage torturé, on lui trouvera des circonstances atténuantes, d’autres n’excuseront pas ses actes. Moi, ce qui m’a intéressée, c’est la plongée dans le monde de la psychiatrie, du côté des soignants et des malades. Pour ce qui est de Régis, un parcours de vie catastrophique, la totale, pire, on ne peut pas faire. Une vie comme ça, vaut-elle le coup d’être vécue ?

À lire.

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7 comments on “Régis – James Osmont

  1. Encore une lecture bouleversante de ton côté! Un viol brutal, un enfermement, un prédateur non loin de lui… je comprends ta question… Parfois, la vie est ailleurs… Dans un salut autre… Merci pour la recommandation Cat.

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  2. Oui, je pense qu’il est toujours possible un jour de rebondir…

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  3. Une lecture qui n’a pas dû être facile…quelle souffrance! Et pourquoi y-a-t-il encore de telles carences dans le monde hospitalier psychiatrique? Révoltant…
    Moi aussi, j’ai été attirée par la couverture, très forte. J’ aimerais tant que Régis trouve quelque réconfort dans toute cette noirceur ; j’ aime croire qu’il existe toujours une lumière.
    Merci en tout cas pour tes chroniques, ce sont à chaque fois de réelles découvertes.

    Aimé par 1 personne

  4. Je tenterais bien, j’arrête pas de le voir passer en ce moment !

    Aimé par 1 personne

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