CHALLENGE Challenge Jack London Romans

« Martin Eden » Jack London

Je tiens à remercier tout d’abord les éditions Libretto. Je leur ai fait part de mon envie de me pencher sur l’oeuvre de cet auteur exceptionnel et ils m’ont gentiment envoyé deux de ses romans que je publierai prochainement. Ils ont édité quarante ouvrages de London et, je présenterai donc leur collection.

9782752905536-e6fb3

Martin est un jeune marin d’Oakland de vingt et un ans, un affamé d’amour qui s’est endurci à la tâche. Il est intelligent, ambitieux et se sent différent des siens, différent du monde auquel il appartient, les petites gens. Il aime la lecture, la poésie, il aspire à autre chose, une autre vie. Un jour, il est invité à déjeuner chez un jeune bourgeois à qui il a sauvé la vie lors d’une rixe et fait alors la connaissance de sa soeur Ruth. C’est le coup de foudre, il se fixe un objectif, celui de séduire cette Femme Esprit, cette Femme Fleur délicate, cultivée. Ce n’est pas de l’arrivisme, c’est juste qu’il est fou d’amour pour elle. Il découvre alors un monde inconnu, le monde de Ruth, la bourgeoisie, la beauté a désormais un sens pour lui. Il se lance à corps et coeur perdu dans la lecture, fréquente assidûment la bibliothèque d’où il voit surgir un monde nouveau. Il lit, il dévore puis il se met à écrire et cela lui plaît. Il veut devenir écrivain.

De son côté, Ruth bien qu’attirée par le jeune homme, n’a de cesse de le remodeler, d’harmoniser son discours gauche et naïf, elle sent le potentiel de cet homme capable d’arriver à tout, cet homme qui la dépasse.

« Elle se sentait irrésistiblement poussée vers lui. D’autre part, un sentiment contraire la retenait. Ses mains abîmées, tellement écrasées par le travail que toute la souillure du labeur journalier semblait s’y être incrustée, lui causaient une violente répulsion, ainsi que la striure de sa nuque et ses muscles saillants. Sa rudesse l’effrayait. La crudité de son langage insultait son oreille ; les épisodes mouvementés de sa vie insultant son âme. Et cependant, l’attirance subsistait malgré tout, si bien qu’elle l’imaginait doué d’une puissance mauvaise (…) En vain elle fit appel à sa propre culture, à son raffinement opposant tout ce qu’elle valait, à tout ce qu’il ne valait pas (…) Oui! Cet homme venu des ténèbres était un être démoniaque. Sa mère le sentait, et sa mère avait raison (…) La flamme cessa aussitôt de la brûler et elle cessa de le craindre ».

 

Voilà une lecture qui compte. On dit d’ailleurs que Martin Eden est le chef-d’oeuvre de London. On pourrait même dire, qu’il s’agit là, en grande partie d’une oeuvre autobiographique. Il y fait une analyse critique pointue de la bourgeoisie américaine, critiquant les bourgeois qu’il surnomme « les emmurés », ceux qui s’emmurent dans leur égoïsme et leur peur de ressembler au peuple d’en bas. Les milieux sociaux s’affrontent, s’opposent à jamais, toujours la lutte des classes. Il évoque la naissance du capitalisme américain, l’aliénation au travail, la condition ouvrière. C’est aussi l’ascension intellectuelle d’un autodidacte, le travail acharné d’un jeune homme, son envie de devenir écrivain, métier sans avenir. Là, tous s’accordent les bourgeois comme les prolétaires. Et toujours le pouvoir du fric. C’est aussi une analyse des sentiments tellement juste, profonde que ça en devient déroutant. C’est beau et cruel. Pas de juste mesure, la vraie réalité, Martin se surpassera, se transcendera, tel un surhomme et s’apercevra qu’il a fait l’erreur de confondre éducation et intelligence, et que sa trop grande clairvoyance, son trop plein de connaissances éloigneront du monde. Le but est atteint, la réussie est au rendez-vous et pourtant l’heure des désillusions a sonné et sa perte est annoncée.
Magnifique, magnifique, lisez-le!

 

« Je suis malade, très malade, dit-il avec un geste désespéré. Je m’en aperçois seulement maintenant. Quelque chose en moi s’est éteint. Je n’ai jamais eu peur de la vie, mais je n’aurais jamais cru pouvoir être blasé de la vie. La vie m’a tellement saturé d’émotions, que je suis vidé de tout désir. Si je pouvais encore désirer, c’est vous que je désirerais. Vous voyez à quel point je suis malade ! »

 

Prochaine lecture

John Barleycorn -

 

Publicités

26 comments on “« Martin Eden » Jack London

  1. J’ai adoré ce livre que l’on m’a gentiment offert… Je me permet de proposer mon lien https://deslivresetdesfilms.com/2016/05/06/martin-eden-de-jack-london/ Tu peux refuser le lien 🙂 il t’arrive de demander des livres aux éditeurs ? Comment tu procèdes ? Je n’ai jamais osé…

    Aimé par 2 people

  2. Je l’ai déjà lu en fait… Je me disais, le cadeau de Moka…

    Aimé par 1 personne

  3. Un magnifique coup de cœur pour moi, c’est vraiment un roman qui me reste encore et encore en tête, même des années après l’avoir lu! Je suis tout à fait d’accord avec ta critique!

    Aimé par 1 personne

  4. Mon Martin Eden que j’aime tant. ❤

    Aimé par 1 personne

  5. Il faut que je le lise… Excellente chronique Cat!

    Aimé par 1 personne

  6. Oui, très belle chronique ! Il me plaît beaucoup ton challenge

    Aimé par 1 personne

  7. Superbe, cette chronique. Et l’idée de plonger dans Jack London aussi. Ça donne envie…

    Aimé par 1 personne

  8. Ca semble très attirant ce livre ! Et je n’ai jamais lu Jack London.

    Aimé par 1 personne

  9. Un chef d’oeuvre ! J’ai adoré !

    Aimé par 1 personne

  10. Des années qu’il est dans ma PAL ce roman ! c’est à se demander ce que j’attends pour le lire !

    Aimé par 1 personne

    • Lis le, c’est très beau. Je lis tout London c’est mon challenge. C’est un auteur extraordinaire!

      J'aime

      • Je l’ai lu quand j’étais petite : « L’appel de la forêt » et « Croc Blanc » j’ai toujours aimé les chiens de traineaux et les loups. C’est étrange comme on lit certains auteurs quand on est jeune et après on les oublie. Il est temps que je revienne vers Jack. C’est un ami qui m’avait très chaudement recommandé « Martin Eden » quand j’étais à la fac, et puis les années passent, d’autres livres arrivent et voilà où j’en suis 😉 !

        Aimé par 1 personne

  11. Ping : « Le cabaret de la dernière chance » Jack London… Mon challenge se poursuit… – Chroniques Aiguës

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :