Polars

« Il reste la poussière » Sandrine Collette – Prix Landerneau Polar 2016

« Voulaient reste à trois, comme du temps du père. Le quatrième frère, ils l’auraient laissé dévorer dans la plaine, s’ils n’avaient pas eu aussi peur d’elle la mère, son regard mauvais, ses claques féroces »

Fin XIXème, en Argentine sur les plateaux de la Pantagonie, dans une estancia (ranch) au milieu de la pampa désertique, aride et immense, une femme, mère de quatre fils, les aînés, les jumeaux Mauro et Joaquin, Steban le débile de la famille et le petit dernier, Rafaël, dirigent énergiquement une importante exploitation. Le père, la mère s’en est débarrassée un soir de dispute. Le petit dernier de la fratrie est le souffre-douleur des trois autres. Son seul réconfort, il le trouve auprès des bêtes, un cheval et un chien. L’aîné lui voue une aînée féroce.

« Ni ses sept ans ni le cheval n’ont réparé la distance qui le sépare des trois autres fils. Il n’est pas le quatrième de cette famille-là : de ce jour, il comprend que rien n’y fera. Il baisse les bras »

Gros coup de coeur pour ce roman chorale d’une grande intensité, très bien écrit, un huit clos noir, pesant, oppressant, une chronique familiale sombre. Description du dur quotidien, le travail laborieux, les factures à payer, les aléas du climat lorsque les éléments se déchaînent, la lutte quotidienne pour maintenir l’exploitation. Des êtres qui cohabitent dans l’indifférence des uns et des autres, seulement unis dans le travail et qui se détestent. Les ordres, les cris et les colères de la mère. Puis, il y a la maltraitance quotidienne des deux derniers et du plus petit en particulier, leur désarroi, les coups et les claques qui pleuvent, la soumission devant les aînés et cela sous les yeux de la mère qui laisse faire parce que c’est ainsi. Pour les enfants, on comprend très vite qu’il leur sera impossible d’échapper à leur destin, ils ne quitteront pas l’estancia tant que la mère sera vivante et veillera, aucune échappatoire, le bonheur n’existe pas, la résignation seulement. Et puis un magnifique portrait du dernier de la fratrie, le petit, magnifique. Pour les lecteurs qui aiment le suspens, le rythme, l’intrigue, le polar dans les règles, ils seront peut-être déçus ou frustrés mais ce serait dommage de passer à côté. C’est magnifique!

« L’image de la vieille le tarabuste, et ses cris et ses colères. Parfois avec Mauro, ils regardaient la statuette de la Vierge posée sur le meuble, et aucun d’eux ne croyait qu’elle puisse être de la même essence que la mère, pas la moindre ressemblance, soit on leur avait menti, soit ils s’étaient trompés, mais qu’on n’essaie pas de leur faire gober une parenté hasardeuse, d’un côté cette masse presque aussi large que haute au cheveu épars, aux joues de dogue, qui ne sait que se taire ou brailler, et de l’autre une silhouette fine et souriante, que rien qu’à la toucher on se sentait mieux, non, vraiment, non. Pour Joaquin et Mauro, il y a les femmes, les hommes et la mère. »

Publicités

15 comments on “« Il reste la poussière » Sandrine Collette – Prix Landerneau Polar 2016

  1. Je ne connaissais pas le prix Landerneau, belle découverte…

    Aimé par 1 personne

  2. je suis tente, il semble dur et touchant…

    Aimé par 1 personne

  3. Merci Cat pour cette découverte! Bonne fin de semaine! 🙂

    Aimé par 1 personne

  4. J’avais lu et bien apprécié son précédent roman « Six fourmis blanches ». Celui-ci me semblait tellement noir qu’il attend dans ma Pal le moment adéquat…

    Aimé par 1 personne

  5. Je n’en avais pas entendu parler… je le note ! 🙂

    Aimé par 1 personne

  6. Alors j’ai entendu parler de Sandrine Collette à la librairie dans laquelle j’ai travaillé en février. On m’en a dit beaucoup de bien. Je note alors ce titre qui t’a plu Cat ! Merci !

    Aimé par 1 personne

  7. Le tout dernier est pour moi une bombe de chez bombe. Je suis cette auteure depuis ses débuts et j’adore ce qu’elle écrit…..à chaque fois !

    Aimé par 1 personne

  8. Ping : « Les larmes noires sur la terre » Sandrine Collette – Chroniques Aiguës

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :