Romans

« Quand on n’a que l’humour » Amélie Antoine

« L’humoriste est exalté, électrisé, il offre, comme à chaque représentation tout ce qu’il a : son coeur, ses tripes, son énergie, son âme. Il a le sentiment d’être un Prométhée, d’avoir volé le rire aux dieux pour l’apporter aux hommes. Plus rien ne peut l’arrêter ».

C’est avec un grand plaisir que j’ai accepté de lire le nouveau roman d’Amélie Antoine. J’avais été séduite par « Au nom de quoi » qu’elle signait à l’époque sous le pseudo de Dorian Meune. Elle nous avait d’ailleurs, il y a quelques mois, envoyé un mail pour nous dévoiler sa véritable identité, j’avais trouvé ça mignon et délicat. Voilà donc un nouveau coup de coeur livresque. L’écriture est toujours aussi belle, beaucoup d’émotion dans les mots, la trame est bonne, le ton est juste et l’histoire merveilleuse.

Edouard Bresson, le plus imprévisible de tous les humoristes, pas toujours consensuel dans ses choix artistiques, est un artiste « bankable », grisé par le succès, fatigué aussi et terriblement seul. Son personnage de scène est une sorte de dandy pince-sans-rire, aux multiples facettes et au ton posé, flegmatique, détaché et toujours froid. C’est l’effet Edouard dont ne cesse de parler la presse depuis plus de vingt ans. Edouard Bresson est invincible, il est le maître du rire. Il s’apprête à jouer au Stade de France, une consécration pour les vingt trois ans de carrière du petit garçon originaire d’un patelin normand, lui le petit bègue qui à l’école encaissait les coups verbaux, ne répondait pas aux insultes et aux moqueries, celui qui était démuni face à l’indifférence d’un père ouvrier trop fatigué et qui ne cessait de lui dire que dans la vie, il n’y a pas de place pour ceux qui hésitent. Ce soir, c’est le Stade de France, aujourd’hui tout se joue pour Edouard, le public en restera bouche bée, c’est certain.
Pas facile la vie d’artiste, voilà un personnage qui doit son salut à la scène, qui ne peut vivre sans et c’est aussi elle qui lui coûtera sa famille, sa femme et son fils. Un très beau portrait d’artiste, de très beaux moments sur scène, parfaitement décrits. La solitude de l’artiste aussi très présente et évoquée avec beaucoup de pudeur et d’émotion. C’est aussi un rendez-vous manqué entre un père trop absent et un fils.

« Malgré lui, il est partagé entre la tristesse de ne pas être présent pour ces petits moments de joie en famille et l’impression que sa femme et son fils sont englués dans un quotidien qui n’a rien d’extraordinaire ou même d’enviable. Qui, dans un sens, le ramène insidieusement à son enfance et à ce père duquel il voulait à tout prix se démarquer ».

Première partie du roman c’est Edouard qui s’exprime et qui se remémore sa vie, son enfance, les drames vécus, les traumatismes qui marquent à vie, les débuts, le succès au rendez-vous, l’amour, la paternité, les tournées qui s’enchaînent, la famille qui éclate, le succès toujours mais la solitude, la détresse et les regrets. Seconde partie, Arthur, le fils vingt-quatre ans prend la parole et part à la découverte de ce père, ce grand absent…  mais je n’en dirai pas plus par peur de trop en dire.

J’ai dévoré « Quand on n’a que l’humour » et je conseille.

En vente chez Michel Lafon

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4 comments on “« Quand on n’a que l’humour » Amélie Antoine

  1. Ma chronique sera pour la semaine prochaine ;-).

    Aimé par 1 personne

  2. très très beau roman !

    Aimé par 1 personne

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