Polars Romans

« Les larmes noires sur la terre » Sandrine Collette

Voilà, ce n’est qu’un enfant mort. Peut-être est-ce le premier que tu vois de ton existence, oui bien sûr, je le devine dans tes yeux, tu croyais qu’un enfant est éternel, nous le croyons tous avant qu’ils ne trépassent, parce que l’ordre des choses voudrait que les parents ne connaissent jamais la mort de leurs petits, mais il n’y a pas d’ordre dans le monde, pas de chronologie, pas d’obligation – et pas de justice.

Les laissés pour compte sont désormais envoyés à la casse, dans une ville-casse où ils vivent dans de vieilles voitures et travaillent comme cueilleurs de fruits et légumes pour un salaire de misère. Sortir de là ? Impossible car la liberté a un prix élevé. Moe qui n’a pas été gâtée par la vie atterrit en enfer avec son bébé et rejoint un groupe de femmes. Son objectif est de partir coûte que coûte.

J’ai découvert Sandrine Colette en lisant « Il reste la poussière » prix Landerneau Polar 2016, un roman noir qui se déroule fin du XIXème, en Argentine sur les plateaux de la Pantagonie. Le héros est un personnage attachant, touchant, Rafaël, le petit dernier de la fratrie et leur souffre-douleur, face à une mère qui laisse faire parce que c’est ainsi. L’écriture est excellente et très forte. J’ai adhéré et récidivé avec « les larmes noires sur la terre » sur les conseils avisés d’Anne du blog « lesmotordusdanneju ».

Quelle société ruinée a oublié qu’elle s’était bâtie sur des générations d’entraide et de solidarité, quelles églises ont baissé les bras, quels hommes sont nés, pour qu’un tel projet voie le jour ? Les pauvres, ils n’en veulent plus. Ont assez de leurs problèmes de chaque jour. Quelque chose s’est forgé en eux, la vague conviction que tout est justifié et que l’on n’y peut rien, le sentiment coupable et soulagé d’être à l’abri, la colère envers ceux à qui ils doivent la création de ces lieux pour lesquels il faut payer encore un peu plus de taxes. D’une certaine façon, ils admettent que c’est mérité et, même si c’est trop facile, pensent tout bas que les autres, ceux qui vivent là-bas, n’avaient qu’à travailler.

Il est question d’exclusion dans ce roman. Que faire des migrants, des toxicos, des paumés, des égratignés par la vie, ceux qui sont en marge, malgré eux. La société décrite par Sandrine Collette, a trouvé la solution : les parquer dans des camps, loin de la ville, les exploiter, laisser les plus faibles à la merci des plus forts, tous placés sous haute surveillance. Alors la ville-casse ressemble à une jungle où il faut lutter pour survivre. C’est un spectacle apocalyptique qui nous est dressé où règne le désespoir, la misère, la mort et la violence.

C’est aussi le portrait de cinq femmes au parcours difficile et qui se soutiennent pour survivre, pour se protéger et veiller les unes sur les autres. A leur tête, la patriarche la vieille afghane, celle qui connaît le pouvoir des plantes. Et puis, il y a ce personnage silencieux qui occupe une place importante, c’est l’enfant de Moe. Il est né silencieux, à croire qu’il n’est pas comme les autres, qu’il a compris qu’il devait se faire petit et silencieux pour ne pas nuire davantage à sa pauvre mère, ne pas être un fardeau. C’est touchant, c’est profond et bouleversant. Je recommande.

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4 comments on “« Les larmes noires sur la terre » Sandrine Collette

  1. Tu n’aurais pas aimé, je crois que je tapais un scandale sur ton blog, Cat ! 😉
    Non juste j’aurai pleuré dans mon coin ! 😛
    Merci pour ce beau retour. 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Voilà un livre qui me semble ben percutant…

    Aimé par 1 personne

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