Inclassables Théâtre

« Le cahier »l’émotion toujours au rendez-vous!

15 février 1939

Je suis là, sur cette plage, dans le trou que j’ai creusé de mes mains et qui me sert de lit ou peut-être bien de tombe. Face à la mer, je t’écris. Il fait froid et le vent souffle, souffle toujours plus fort. C’est un vent froid et violent cette tramontane. Voilà trois semaines que je suis arrivée dans ce camp de la honte et du mépris, entouré de marécages où on nous a parqués à la hâte. Ici, il n’ y a rien, absolument rien, ni baraquements, ni nourriture, ni eau potable, ni sanitaires, rien. Nos conditions de vie sont insupportables et inhumaines. La promiscuité, la puanteur des déjections minent notre courage et notre dignité. Nous souffrons tous de la faim, du froid, de désespoir, de dépression. Beaucoup sont malades et d’autres se sont endormis dans leur trou de leur dernier sommeil… La mort hante ce camp.

Samedi se jouait ma pièce « le cahier » au charmant théâtre rural de la Closerie, « l’Olympia de campagne », (ainsi baptisé par l’artiste belge Julos Beaucarne), en Bourgogne, dans l’Yonne, à Etais-la-Sauvin.

Tremblante dans le public comme à chaque fois que ma comédienne la joue, moi qui n’ai jamais peur quand je chante ou cause en public, le souffle coupé, je voyais Gratiane de Rigaud porter avec maestria, passion, émotion, gravité, joie et sentiments mon texte, ma mise en scène, incarnant tour à tour, Ines, Ana, Pablo, le petit Luisito, les gardiens du camp d’Argelès sur Mer, c’était l’hiver 1939, sur une plage du Roussillon…

Dans la salle un silence de mort, juste une toux, à un moment. Je regardais autour de moi les spectateurs, les yeux rivés sur la scène, s’essuyant parfois l’oeil gauche puis le droit ou le droit puis le gauche, toujours discrètement… Alors, sans gêner les gens autour de moi, j’ai saisi quelques moments pour la postérité, ce n’est pas du matériel de pros, non! juste un petit appareil photo de rien du tout, pas de chichi, de tralala, un clin d’oeil, sur le vif, allez hop! Puis le lendemain, j’ai fait ce montage sur les notes de piano du poète andalou Federico Garcia Lorca que je n’ai pas oublié dans ma pièce, il a aussi sa place, tout comme Antonio Machado mort sur le chemin de l’exil… Puis ce matin, un article de l’Yonne Républicaine… Alors, c’est une belle journée, je vous la fais partager!

Cahier

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8 comments on “« Le cahier »l’émotion toujours au rendez-vous!

  1. Bravo pour ta pièce 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Super,
    Bientôt une tournée ????

    Aimé par 1 personne

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