Inclassables

La fiesta d’Israel Galván et compagnie

Encore du grand Israel Galván hier soir sur Arte où était retransmis son spectacle « fiesta » joué dans la cour des Papes à Avignon. J’avais lu la veille que le spectacle avait été hué par quelques spectacles outrés qui s’attendaient à voir bien autre chose. Grave erreur! C’est mal connaître ou méconnaître le sévillan vanguardista dans l’âme el grande et incontournable Israel Galván. Il n’a rien à prouver, le traditionnel, il l’a en lui, il le maîtrise à la perfection et c’est une histoire de famille. Galván est un homme libre et comme je le dis souvent, laissons les artistes s’exprimer surtout lorsqu’ils ont un tel niveau et une telle connaissance et maîtrise de leur art. De ce genre d’artistes là, je suis prête à tout accepter!

Le fin de fiesta est une tradition flamenca, c’est le moment où chacun met sa patte personnelle, pas de danse por bulerías, tout le monde s’y colle, c’est un moment de joie, de partage, d’euphorie, de lâcher prise… La fiesta, c’est l’Espagne où nombreux sont les moments qui se prêtent à la fête : Noël, le jour de l’an, la semana santa, les fêtes patronales, la feria de avril, el Rocio, le carnaval. On a une impression de jours fériés à profusion et tout est sujet à faire la fête et on aime la célébrer et l’honorer comme il se doit.

Hier soir, la troupe de Galván faisait la fête mais une étrange fête, de drôles de voix, des sons avortés, des cris, des râles, du beatbox, les intentions que l’on connaît et retrouve dans le chant flamenco et dans la danse, des chants sans paroles, mais ils étaient bien là pour ceux qui les connaissent et puis des corps qui tentent de se libérer, des corps en transe, une transe collective et contagieuse. Nous étions à la semana santa, j’entendais et voyais des pleureuses médiévales, des enfants espiègles parfois capricieux, des incantations, des prières, l’hystérie collective qui souvent se dégage des processions, des scènes bibliques, du bruit, les espagnols sont bruyants et parlent fort, un rappel de l’histoire sombre comme l’Inquisition, la mort aussi et la vie toujours. Des artistes à nu et à l’unisson pour un flamenco tribal  et dépouillé. Je n’ai pas vu le temps passer.

Une entrée magistrale sur le cul du haut des gradins d’Israël Galvan, un oeillet sur le crâne, un sifflet au bec. Incroyable! Parfois des images à la Botero surtout l’entrée de la petite femme au physique atypique, vêtue d’une robe rouge et noire et à côté d’elle le chanteur flamenco Niño de Elche qui fait une performance remarquable. Il n’y avait que lui pour relever un tel défi. Puis pas que des flamencos conviés à la fiesta, un choeur byzantin dans les gradins parmi le public, un clavecin, une étrange violoniste et une femme mystérieuse qui chante tantôt en américain ou en byzantin ou dans une langue orientale, tous réunis, les voix et les corps à l’unisson, tous font la fête et tout le monde s’accorde, sans parler ou si peu, tous réunis dans le rythme et la transe. Mais la fête se vit aussi de façon individuelle!

Je lis les commentaires de « puristes » qui trouvent que ce n’est pas de l’art que c’est grotesque et péché, ce sont peut-être ceux-là qui ont quitté la cour des papes. Le maestro sévillan est un type libre, brillant, intelligent, barré, avec un univers qui n’appartient qu’à lui. Alors, chapeau bas Maestro Galván !

Photo utilisée : La Fiesta © Christophe Raynaud de Lage

 

Distribution
Conception, direction artistique et chorégraphie Israel Galván
Dramaturgie Pedro G. Romero
Collaboration à la mise en scène Patricia Caballero et Carlos Marquerie
Direction musicale Israel Galván et Niño de Elche
Collaboration à la mise en scène Patricia Caballero
Scénographie Pablo Pujol
Lumière Carlos Marquerie
Son Pedro León
Costumes Peggy Housset
Assistanat à la mise en scène Balbina Parra

Avec Eloísa Cantón, Emilio Caracafé, Israel Galván, El Junco, Ramón Martínez, Niño de Elche, Minako Seki, Alia Sellami, Uchi
Avec la collaboration du Byzantine Ensemble Polytropon
Direction Panagiotis Andriopoulos
Voix Panagiotis Andriopoulos, Roni Bou Saba, Charalampos Kalapanidas, Dimitrios Karadimas

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