JIHANE. Alors tu choisiras. Garde cet enfant et à l’instant, à l’instant, quitte les vêtements que tu portes et qui ne t’appartiennent pas, quitte la maison, quitte ta famille, ton village, tes montagnes, ton ciel et tes étoiles et quitte-moi…
NAWAL. Maman.
JIHANE. Quitte-moi nue, avec ton ventre et la vie qu’il renferme. Ou bien reste et agenouille-toi, Nawal, agenouille-toi.
NAWAL. Maman.
JIHANE. Quitte tes vêtements ou agenouille-toi !
Nawal s’agenouille.
Tu resteras à l’intérieur de la maison comme cette vie est à l’intérieur de toi. Elhame viendra sortir cet enfant de ton ventre. Elle le prendra et le donnera à qui elle voudra.

J’aime l’écriture de Wajdi Mouawad et c’est par hasard sur Netflix que je suis tombée sur le film du Canadien Denis Villeneuve qui a fait une remarquable adaptation du texte du dramaturge libanais. Du coup, après avoir vu le film, je me suis replongée dans la lecture du texte que je conserve précieusement comme tous les textes de théâtre et je vous offre par-ci par-là quelques extraits.

SIMON. Tu m’as toujours dit que un plus un font deux. Est-ce que c’est vrai ?

JEANNE. Oui… C’est vrai…

SIMON. Tu ne m’a pas menti ?

JEANNE. Mais non ! UN et un font deux !

SIMON. Ça ne peut jamais faire un ?

JEANNE. Qu’est-ce que tu as trouvé, Simon ?

SIMON. Un plus un est-ce que ça peut faire un ?

JEANNE. Oui.

Synopsis

Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) et Simon ( Maxim Causette) Marwan sont jumeaux, leur mère (Lubna Azabal) est morte, c’est le moment de lire le testament chez le notaire (Rémy Girard), ancien employeur et ami de la famille. La mère a laissé deux enveloppes, une pour le père et l’autre pour le fils. Les jumeaux sont surpris, ils ne connaissaient pas l’existence ni de l’un, ni de l’autre. Il faut dire que leur mère était une femme secrète et distante. Jeanne part, Simon lui refuse d’accompagner sa sœur, il semble en vouloir à cette mère distante, mais comme il aime sa sœur et ne tardera pas à la rejoindre. L’ami notaire qui connaît le contenu des deux lettres fera partie du voyage.

 

Des gens d’ici ont dit oui, des gens d’ici ont dit non, des gens d’ici ont fui. Des millions de destins. Et on ne sait plus qui tire sur qui ni pourquoi. C’est la guerre.

Mon avis

Quelle merveilleuse adaptation ! Excellent casting ! Une fille part à la recherche du passé de la mère morte et ce que la fille va découvrir dans le pays natal de la mère, pays qui jamais n’est cité, mais qui semble être le Liban, est une véritable tragédie familiale. Avec Jeanne, que nous suivons pas à pas, nous allons de surprises en révélations et c’est avec effroi que nous découvrons l’histoire de la mère, mère d’un premier enfant qu’on lui a retiré, étudiante engagée, terroriste et prisonnière, enfermée, torturée, quinze longues années d’enfer pour celle qui ne cessera de chanter, son acte de résistance. Guerre, conflits religieux, portrait de femme dans la tourmente, un œdipe qui là n’est pas un complexe et la chanson de Radiohead (You and whose army) qui revient tout le long. C’est magnifique !

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3 comments on “Incendies

  1. Une superbe adaptations!

    J'aime

  2. Un de mes dramaturges actuels préférés !

    Aimé par 1 personne

  3. Ping : « Anima » de Majdi Mouawad – Chroniques Aiguës

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